Le festival de Cannes vu par le petit bout de la lorgnette et raconté avec verve et humour par un fin connaisseur du monde du cinéma. Indiscrétions et potins mondains garantis !Pandémonium est un néologisme inventé à la fin du XVIIe siècle par le poète anglais John Milton pour désigner un lieu où règnent chaos, confusion, vacarme et fureur. Autrement dit un enfer. Pour lavoir fréquenté pendant plus de trente ans ans, je peux du haut de ma modeste légitimité témoigner que le festival de Cannes est un parfait pandémonium où bien des démons sagitent. Une foire aux vanités qui est aussi un bûcher.
Mais dexpérience, il savère que cet enfer est aussi un paradis. Le paradis des films bien évidemment mais aussi le paradis dune vie quotidienne littéralement extraordinaire : celle du festivalier qui, glissé dans une identité très provisoire, Grande Duchesse du cinéma ou Manant de la critique, habite une Principauté dopérette (Monaco est à un jet de Riviera) où le comique le dispute au tragique, les coups fourrés aux coups de cœur, les bonnes blagues aux crises de nerfs. Etre citoyen du Festival de Cannes, cest osciller sans cesse entre crise de nerfs, fous rires puissants et joie de vivre –; somme toute des grandes vacances, comme une parenthèse enchantée et maléfique, hors norme, hors de soi et parfois hors la loi.
Entre
Mission Impossible et Marx brothers, cest le récit de ces vacances en Festival, que je voudrais entreprendre. Un " roman " parallèle, marginal et underground. Au hasard des souvenirs, bons ou mauvais, des anecdotes, hilarantes ou à pleurer, mais sans aucune nostalgie. Chaque année on peste daller au Festival, chaque année on est ravi dy être. Jusquau jour où, cest juré ! on ny mettra plus jamais les pieds. Jusquà la prochaine fois.
Anecdote En mai 1988, à loccasion de la présentation à Cannes de son nouveau film
Bird, consacré au jazzman Charlie Parker, ma collègue Marie Colmant et moi-même décrochons pour
Libération une interview exclusive de son réalisateur Clint Eastwood.
Il aurait sans doute été plus simple de rencontrer le président des Etats-Unis. Rendez-vous top secret avec lattachée de presse dans le hall de lhôtel Carlton ; exfiltration par les cuisines ; porte dérobée sur une rue adjacente ; limousine noire à verres fumés ; départ en trombe vers lhôtel Eden Roc du cap dAntibes où sont logées les super stars. " Ça manque un peu de gyrophares et de motards ", commente Marie.
Arrivés sur place, nous sommes réceptionnés par trois gardes du corps en lunettes noires et oreillettes, qui, après un brin de fouille corporelle, nous accompagnent vers un coin retiré du parc de lhôtel. Nous pénétrons dans le sanctuaire dit des " cabanas ", paradis pour milliardaires avec crique privée et cabanon de luxe. Eastwood nous y attend, cordial et sympathique comme si on sétait quittés la veille.
Lentretien commence. Mais au bout dun quart dheure, un gros animal sinterpose entre nous et la vue sur mer, avant de détaler. " Tiens, un lièvre ", dit Marie à voix basse. Euh, non Marie, ce nétait pas un lièvre mais un rat, énorme, dodu à souhait, palace oblige. Nous nosons pas en parler à Eastwood. Mais, intrigué par notre conciliabule, il nous en demande la raison et nous lâchons le morceau. " Un rat ? commente Clint Eastwood plus cool que jamais. Dommage que vous ne mayez rien dit, jai toujours un flingue à portée d...